Le blocus imposé par Donald Trump sur le pétrole vénézuélien a rendu Cuba dépendant d’un fournisseur unique, le Mexique. La présidente mexicaine Claudia Sheinbaum est tiraillée entre une solidarité historique envers Cuba et l’impératif de préserver ses liens économiques avec les Etats-Unis.
« Cuba constitue une menace inhabituelle et extraordinaire pour la sécurité nationale ». Par cette déclaration, Donald Trump a décrété le 29 janvier un « état d’urgence national », désignant Cuba comme nouvelle cible de son offensive en Amérique latine et dans les Caraïbes. Pour justifier cette décision, Trump a avancé une série d’accusations, en affirmant que Cuba chercherait « à nuire aux États-Unis » et à soutenir des pays hostiles, des groupes terroristes transnationaux et des « acteurs malveillants ». Cette déclaration s’accompagne surtout d’une mesure concrète : la menace d’une augmentation des droits de douane à l’encontre des pays fournissant du pétrole à Cuba, dans le but de renforcer la stratégie d’asphyxie contre l’île.
Sous pression, le Mexique a accepté la suspension d’envoi de pétrole vers l’île pour le mois de janvier.
Le déroutement spectaculaire du pétrolier Swift Galaxy, cette semaine, est l’illustration d’une crise énergétique qui menace l’équilibre du golfe du Mexique. Ce navire chargé de 700.000 barils de pétrole mexicain, initialement destinés à Cuba, a brusquement bifurqué vers le Danemark, échappant ainsi à la confrontation directe avec les Etats-Unis.
Ce décret s’inscrit dans une campagne plus large mise en place par l’administration Trump-Rubio, dont le premier objectif était de faire plier le régime chaviste en espérant provoquer l’effondrement de Cuba par effet domino, en raison de l’importance stratégique du pétrole vénézuélien pour l’île. Après les attaques au Venezuela, la première mesure a été de fermer le robinet pour priver Cuba du pétrole vénézuélien. Mais cette stratégie s’est rapidement élargie.
Washington ne s’est pas contenté de bloquer les livraisons vénézuéliennes : le décret menace désormais de sanctions tous les pays qui distribuent du pétrole à Cuba. Le Mexique, devenu le principal fournisseur de l’île selon le Financial Times, s’est ainsi retrouvé en première ligne. Or, face à cette pression, le gouvernement mexicain a plié bien avant la signature du décret officiel : la dernière livraison de pétrole mexicain à Cuba remonte au 9 janvier, soit vingt jours avant l’« état d’urgence » proclamé par Trump.
Dans ses déclarations publiques, Claudia Sheinbaum continue d’affirmer que, sous son gouvernement et celui de Morena (son parti politique), le Mexique est « un pays libre, indépendant et souverain » qui « ne se soumet jamais » aux États-Unis. Quelques jours plus tard, tentant de calmer les critiques, elle a annoncé la distribution d’une « aide humanitaire » comprenant des denrées « indispensables pour le peuple cubain », sans préciser ni date d’envoi ni évoquer de rétablissement des livraisons de pétrole.
À plusieurs reprises, Sheinbaum a nié avoir discuté avec Trump de l’arrêt des livraisons, mais Trump lui-même a contredit ces déclarations en affirmant lui avoir demandé de cesser les envois à Cuba tout en se félicitant qu’« elle ait cessé de le faire ».
Cuba au bord de l’effondrement
Les conséquences de cette stratégie d’asphyxie se font déjà gravement sentir sur la population cubaine. L’interruption des livraisons de pétrole a provoqué des pénuries d’essence qui paralysent la production, des coupures d’électricité massives, et des pénuries criantes de médicaments et de nourriture. Dans certains quartiers, les bruits de casseroles expriment le désespoir de la population face à une situation déjà considérée comme une crise humanitaire. Les données confirment l’urgence de la situation : d’après le groupe Kepler, cité par le Financial Times, Cuba ne dispose plus que de vingt jours de réserves de pétrole.
Sources – Agences