La justice américaine accuse le gouverneur de Sinaloa, Rubén Rocha Moya, de liens avec le narcotrafic et réclame son extradition. Pour une partie de la presse, cette demande des États-Unis était prévisible après plusieurs années de soupçons à l’encontre de l’édile. Jeudi 30 avril, la présidente mexicaine, Claudia Sheinbaum, a demandé aux États-Unis de fournir des preuves “irréfutables”.
Le parquet fédéral de New York a inculpé, mercredi 29 avril, le gouverneur de l’État de Sinaloa, Rubén Rocha Moya (parti Morena), pour des liens présumés avec le narcotrafic et la possession d’armes, rapporte La Jornada. Selon la justice américaine, le chef de cet État meurtri par le crime organisé ainsi que neuf fonctionnaires locaux – dont le maire de la capitale, Culiacán – auraient conspiré avec des membres du puissant cartel de Sinaloa afin de livrer des quantités massives de drogue aux États-Unis “en échange de soutien politique et de versements de pots-de-vin”, précise le quotidien mexicain.
En parallèle, le procureur des États-Unis pour le district sud de New York, Jay Clayton, a demandé au Mexique l’extradition temporaire des fonctionnaires mis en cause pour qu’ils répondent de leurs actes devant la justice.
Parmi ces derniers figurent le sénateur de Morena Enrique Inzunza, un élu à la tête de Culiacan, la capitale du Sinaloa, Juan de Dios Gamez, le vice-procureur de l’Etat, Damaso Castro, ainsi que le ministre local de l’administration et des finances, Enrique Diaz Vega.

“Sécuriser” les opérations du cartel de Sinaloa
L’acte d’accusation affirme que “Los Chapitos” – la faction du cartel de Sinaloa menée par les fils de l’ancien baron Joaquín “El Chapo” Guzmán – auraient contribué à l’élection de Rocha Moya en 2021 “en intimidant ses opposants politiques”. Une fois élu, poursuit La Jornada, le gouverneur se serait entretenu avec les membres du cartel afin de “sécuriser” leurs opérations dans cet État.
Ruben Rocha Moya, membre du parti Morena au pouvoir au Mexique, gouverne le Sinaloa (nord-ouest) depuis 2021. Sous son mandat, cet Etat a été secoué par de violents affrontements entre factions du cartel du même nom. Le parquet accuse Ruben Rocha Moya et neuf autres responsables mexicains, actuels ou anciens, de s’être associés au cartel de Sinaloa «pour distribuer des quantités massives de stupéfiants aux Etats-Unis».
Mexico fustige la diffusion publique de cette inculpation
Ruben Rocha Moya a rejeté sur le réseau social X des accusations «dénuées de toute véracité et de tout fondement». «Cette attaque ne vise pas uniquement ma personne, mais aussi le mouvement de la «Quatrième Transformation»», a-t-il affirmé en référence au parti de la présidente mexicaine de gauche, Claudia Sheinbaum.
Dans une vidéo postée sur YouTube, M. Rocha Moya a fait savoir qu’il avait déposé, « auprès du Congrès de l’Etat, une demande de congé temporaire de [s]es fonctions de gouverneur ».
Le ministère mexicain des affaires étrangères a fait savoir qu’il protesterait auprès de Washington. Les traités en vigueur entre les deux pays «prévoient la confidentialité de l’information, c’est pourquoi une note de protestation sera envoyée à l’ambassade des Etats-Unis en raison de la manière dont cette information a été rendue publique», a-t-il annoncé dans un communiqué.
Sans mentionner expressément le gouverneur du Sinaloa, la diplomatie mexicaine a indiqué que le gouvernement américain avait présenté des demandes d’extradition visant «plusieurs personnes». Ces documents ne comportent «pas d’éléments de preuve permettant d’établir les responsabilités», selon elle.
Une aide mutuelle entre le cartel et le politique
Dans la soirée, le parquet général du Mexique a annoncé l’ouverture d’une enquête à l’égard des personnes concernées, destinée à «déterminer s’il existe des éléments de preuve permettant d’établir que l’accusation portée par les autorités américaines repose sur des fondements juridiques», selon un porte-parole.
Le parquet de New York affirme que la faction des fils de Joaquin Guzman (alias «El Chapo») au sein du cartel de Sinaloa, connue sous le nom de «Chapitos», a aidé Ruben Rocha Moya à se faire élire au poste de gouverneur. «En échange, aussi bien avant qu’après être devenu gouverneur, Rocha Moya a rencontré les Chapitos, à qui il a promis une protection pendant qu’ils distribuaient des quantités massives de drogues aux Etats-Unis.»
«El Chapo» purge actuellement une peine de prison à perpétuité aux Etats-Unis. Deux de ses fils, anciens chefs des «Chapitos», sont eux aussi détenus dans ce pays.
Le gouvernement de Donald Trump fait pression depuis des mois sur le Mexique pour qu’il mette un terme au trafic de drogue vers son territoire, en particulier celui du fentanyl, et menace d’imposer des droits de douane comme sanction ou de recourir à ses troupes pour traquer les narcotrafiquants sur le territoire mexicain.
En réponse, le gouvernement Sheinbaum a augmenté les saisies et intensifié les opérations contre les barons de la drogue dans le pays, tels Nemesio Oseguera, alias « El Mencho », mort en février au terme d’une intervention de l’armée.
Source – Agences