Au Mexique, une réforme électorale portée par Sheinbaum secoue le parti présidentiel

Le mouvement Morena (gauche) de la présidente mexicaine, Claudia Sheinbaum, traverse une zone de turbulences inédite en ce début de mois de mars. En cause, un projet de réforme électorale destiné à refondre en profondeur le mode d’élection des députés et des sénateurs du Congrès.

Présentée au Congrès lundi 2 mars, la proposition contient une dizaine de mesures, parmi lesquelles une réduction annoncée de 25 % du budget de l’Institut national électoral (INE), organe chargé de l’organisation des scrutins. Mais c’est la modification de la composition du Congrès qui concentre le plus de critiques. Le texte suscite l’opposition des partis traditionnels, comme le Parti révolutionnaire institutionnel (PRI) et le Parti action nationale (PAN, droite), mais aussi des réticences au sein même de la coalition présidentielle, notamment du Parti du travail (PT, gauche), allié historique du Morena.

Plus précisément, la réforme prévoit de réduire le nombre de sièges au Sénat, le faisant passer de 128 à 96. Une transformation significative dans l’architecture institutionnelle du pays. Quant à la Chambre des députés, le nombre total de sièges resterait fixé à 500, tous élus au suffrage direct.

La présidente mexicaine Claudia Sheinbaum a subi mercredi 11 mars 2026 sa première défaite législative majeure, suite au rejet d’un projet de loi de réforme électorale, même sans le soutien de ses alliés au Congrès.

Ce projet de loi visait à réduire le financement des partis politiques et leur pouvoir de désigner des candidats.

Mme Sheinbaum l’avait présenté une semaine auparavant, malgré l’opposition du Parti travailliste (PT) et du Parti vert (PVEM), qui, avec Morena, forment la coalition au pouvoir. Ces partis estimaient que l’initiative nuirait aux petits partis.

S’agissant d’un amendement constitutionnel, le projet de loi nécessitait une majorité des deux tiers, soit 330 des 494 membres du Congrès présents. Il a recueilli 259 voix pour, 234 contre et une abstention.

« Plan B » anticipé

Avant le vote, les députés ont convenu d’un débat restreint, réservé aux chefs de parti. Le chef du groupe parlementaire Morena, Ricardo Monreal, a exprimé son « respect » pour ses alliés et a indiqué que son parti poursuivrait sa tournée à travers le pays pour expliquer le projet, malgré le « rejet provisoire ».

« Nous vous annonçons (…) qu’une fois le projet rejeté, nous commencerons à élaborer le Plan B », a déclaré M. Monreal sous les applaudissements de ses partisans.

Des analystes et certains parlementaires proches du gouvernement anticipent que ce « Plan B » pourrait consister en la modification de lois secondaires, qui ne requièrent pas de majorité qualifiée car elles n’ont pas force de loi constitutionnelle.

Avant même le vote, des experts et des membres de l’opposition ont critiqué l’initiative, arguant que ces coupes budgétaires pénaliseraient les petits partis, renforceraient la position dominante de Morena et affaibliraient l’autorité électorale.

« Il n’y aura pas de réforme aujourd’hui car il a été décidé d’ignorer toutes les propositions qui ne viennent pas du gouvernement (…) Elles n’ont pas convaincu et cette fois-ci elles n’ont pas gagné non plus », a déclaré José Elías Lixa, coordinateur parlementaire du parti d’opposition PAN (à droite).

Source – Agences