Point de vue – Crise au Venezuela « D’autres opérations américaines en Amérique latine peuvent arriver »

Pascal Drouhaud, spécialiste de l’Amérique latine et président de l’association LatFran, revient sur la capture de Nicolas Madura organisée ce samedi au Venezuela et se projette sur l’avenir dans cette zone géographique.

L’enlèvement de Nicolas Maduro par les États-Unis était-il prévisible ?

« Cela faisait partie des possibilités. Une intervention terrestre ne correspond pas à ce que pratique Donald Trump, adepte des opérations coups de poing. Nicolas Maduro a été capturé dans son lit, au palais présidentiel, ce qui montre que l’opération était préparée. Cela prouve également qu’il y avait des complicités, d’une part pour dire où se trouvait le couple présidentiel, et d’autre part pour installer un sentiment de sécurité chez Nicolas Maduro. La veille, il se filmait circulant en toute quiétude dans les rues de Caracas. L’avant-veille, il se montrait en train de danser. Cela montre bien qu’il était psychologiquement dans une bulle de sécurité. »

Quelle est la stratégie des États-Unis en Amérique latine ?

« La stratégie américaine envers l’Amérique Latine est écrite noir sur blanc dans le document de « Stratégie de sécurité nationale », rendu public en novembre. L’objectif, c’est d‘établir un cadre de sécurité sur le continent latino-américain qui soit favorable aux États-Unis. Deux menaces sont identifiées : l’immigration et le narcotrafic. Aux États-Unis, l’immigration provient essentiellement d’Amérique latine et parmi cette population, la majorité vient du Venezuela. Depuis 2017, entre 6 et 8 millions de Vénézuéliens ont quitté leur pays, dont 4 millions vers les États-Unis. Par ailleurs, tous les ans, entre 80 000 et 100 000 Américains meurent à cause de la drogue. C’est pour cela que Donald Trump est parti en guerre contre les narcotrafiquants depuis le mois d’août. »

« Que va-t-il se passer à Cuba, à Haïti, au Nicaragua ? »

Le Venezuela n’est pourtant pas le plus gros producteur de drogue d’Amérique latine…

« C’est vrai que le Venezuela n’est pas une terre de production de drogue comme la Colombie l’est pour la cocaïne, mais c’est une terre de protection pour les narcotrafiquants. Cette base arrière a permis un déploiement logistique d’exportation vers la Caraïbe, mais également vers l’Afrique et vers l’Europe. »

Le Venezuela a-t-il raison, lorsqu’il accuse les États-Unis de se servir de la drogue comme prétexte pour s’emparer de son pétrole ?

« Le Venezuela possède 18 % des réserves mondiales de pétrole et exporte 80 % de sa production vers la Chine. Dans un contexte de rivalité sino-américaine, il s’agit donc de stopper la présence de la Chine, qui a pénétré toute l’Amérique latine. En 2025, les échanges commerciaux entre la Chine et l’Amérique latine ont représenté 500 milliards de dollars. La Chine est le premier partenaire commercial du Brésil ou encore de l’Argentine, a investi 5 milliards de dollars pour un port en eau profonde au Pérou. Il est évident qu’on assiste au début d’une recomposition régionale. »

Peut-on s’attendre à des opérations militaires américaines dans d’autres pays d’Amérique latine ?

« Je pense que oui. Dans le cadre de la « remise en ordre » du continent américain par les États-Unis, que va-t-il se passer à Cuba ? Que va-t-il se passer à Haïti, qui est totalement entre les mains des gangs ? Que va-t-il se passer au Nicaragua, où il y a une véritable dictature familiale ? Et que va-t-il se passer en Colombie, à quelques mois de l‘élection présidentielle, et alors que le président Gustavo Petro a provoqué les États-Unis à plusieurs reprises ces derniers mois ? »

Cilia Flores, l’épouse de Nicolas Maduro, a également été arrêtée. Pourquoi ? Qui est-elle ?

« À la base, c’est une militante du Parti socialiste unifié du Venezuela, le parti fondé par Chavez. Avocate de profession, elle a été députée puis présidente de l’Assemblée nationale de 2006 à 2011. Elle a épousé Nicolas Maduro en 2013. C’est une femme discrète, mais très engagée, qui assurait le suivi des réseaux de pouvoir. Nicolas Maduro et Cilia Flores, c’est un peu le couple Ceaușescu. »